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Wissam Eid

Wissam Eid
Enta Wissam

"Encore un atte
ntat" - "Ou, qui ?" - "Ah d'accord, qu'est-ce qu'on mange ce soir ?"

J'ignore la co
lère qui devrait nous habiter après ces interminables assassinats ciblés contre l'élite indépendantiste du pays et emportant avec eux des dizaines d'innocents à chaque fois.
Combien de civ
ils ont été tués ou grièvement blessés depuis le commencement de ces scénarios d'attentats ? Plus d'une centaine, non ?
Que fait-on au Liban qua
nd on a perdu un proche dans un attentat politique ? Que fait-on quand on a perdu une jambe dans ce même contexte alors que l'on n'allait pas au combat ? Le Liban est-il un front ? Et dans quelles tranchées s'engouffrer pour se sentir à l'abri

Demeurer au Liban devient en soi un acte ultime de résistance; et cette lutte pour la vérité et la liberté, peu sont prêts à en assumer les très lourdes responsabilités. En ce qui me concerne, après la prison, le chaos les deuils et le spleen vécus près de Nahr el Bared, je ne pense pas renouveler l'expérience.
Mais je me souvie
ns d'un Charles ayant décroché son doctorat à l'étranger et étant revenu périr dans l'attentat dédié à Antoine Ghanem au Liban. J'entends la fille d'une certaine Leïla qui a vu sa mère décapitée par leurs propres fenêtres après l'explosion qui a coûté la vie à ce même député. J'aperçois un enfant, Alexandre, essuyer ses larmes après le départ de son père. Près des stades de football, survolent aussi des rubans noirs à Manara en hommage aux deux sportifs tués dans l'attentat offert à Waleed Eido. Je revois Elie, le fils de François el Hajj, serrer les poings vers les cieux à Saïda en signe de victoire, les yeux baignés de larmes. Je vois des cortèges humains accompagner les défunts vers leur dernière demeure et je me rappelle avoir pensé que le destin de notre étandard était bien triste; à savoir enrober ceux qu'on nomme "martyr" comme pour se consoler ou même féliciter.

Des familles
éclatées, des paysages effondrées, un avenir obscurci... De jour en jour le Liban s'annonce être l'empire du terrorisme.
Le capitaine Wissam Eid était la deuxième figure imminente des FSI après le général Ashraf Rifi. Ingénieur en informatique il était responsable des services de renseignements de la police libanaise. Il faut noter que Eid était la deuxième cible des FSI : Samir Chéhadeh avait échappé de justesse à assassinat le lendemain de la guerre de juillet 2006.
Au cour
s de sa vie Wissam était resté à l'ombre des caméras, tout comme François el Hajj, mais chargé du volet technique des attentats terroristes il était suffisament à la lumière pour que ses ennemis et ceux du Liban ne cessent de l'expier.
Le
capitaine avait établi un lien entre l'émergence de Fatah al Islam et Assif Shawkat, le gendre de Bashar el Assad, responsable des services secrets syriens. Il avait permis d'assembler des maillons qui manquaient pour reconstituer la chaîne de nombreux attentats terroristes dont celui de Aïn Alak (où il avait travaillé en collaboration avec le martyr François el Hajj) et il effectuait des recherches pour l'ONU dans l'enquête Hariri. D'ailleurs après son assassinat, des responsables onusiens ont invité les figures libanaises impliquée dans l'affaire du tribunal international à quitter le pays.

Les fu
nérailles du jeune Eid ont été aussi émouvantes que celles de François el Hajj. De nombreux Libanais ont accompagné le martyr vers le Akkar à Deir Mar où la colère des Libanais s'est faite entendre. Le mufti du Akkar a prononcé un discours à cette occasion pour que l'âme du défunt repose en paix et pour rappeler ses mérites انت وسام من اوسمة لبنان - كنت عيد و باستشهادك عيد ( je retiens cette citation qui reprend les significations arabes du nom et du prénom de Eid, puis qui se focalise sur le rassemblement de la population tel un mariage ou une naissance et non pas un deuil.)

Les FSI deviennent désorma
is une institution fragile au Liban, contrairement à l'armée qui garde un statut solide malgré la perte d'un élément clef dans cette institution.
Cependant les r
écentes escarmouches de manifestants chiites avec l'armée libanaise lors du dimanche noir constituent une menace pour l'armée; elles permettent à l'opposition de déposer un veto sur la candidature du général Sleiman.
Personnellement je pense qu
e le Hezbollah, après avoir été surpris de la désignation de Sleiman à la présidence par le 14mars alors que celui là est contesté au sein de la majorité, était à la recherche de prétexte pour écarter de nouveau le rendez-vous des élections présidentielles. J'avais justement écrit dans un précédent article que c'était désormais au Hezbollah de jouer les prolongations et de clarifier sa position quant au "futur président" Sleiman. Le vide politique semble hélas être le candidat favori de l'opposition.

Un autre défi attend Michel Sleiman après le Bared, à savoir l'unité de l
'armée et la condamnation de toute parole laissant le doute planer autour de cette dernière institution.
J'ai l'impression que l'opposition s'atèle à e
ssoufler les institutions du Liban : vacance Présidentielle, Gvt illégitime, Parlement verrouillé, armée remise en question ... Après les "lignes rouges", le camp pro syrien passe à la seconde étape contre l'armée; à Ein Remaneh les forces de l'opposition ont testé les capacités de l'armée lors d'affrontements civils très locaux et ont joué un air funeste sur les cordes de sa patience. Ils ont probablement tenté d'engouffrer les soldats et ont espéré les dévêtir de leur impartialité pour enfin déclarer l'armée illégitime. Cela est pour moi est élement de plus qui permet d'établir un parallélisme entre les activités terroristes de Damas et les escalades de l'opposition libanaise : au moment même où le gouvernement baasiste dépense son énergie à éliminer des figures imminentes de l'armée et de la police, le Hezbollah et les factions politiques associées sèment le doute autour de la fidélité des membres de ces institutions.

D'autre part, en ce qui concerne les é
ternelles demandes de l'opposition pour la formation d'un gouvernement d'union nationale, la ligue arabe tente de progresser dans ce sens en proposant des initiatives pour un possible consensus. Récemment Amr Moussa a quitté le Liban déçu; en effet après être parvenu à convaincre la majorité d'abandonner son droit de posséder les 2/3 du gouvernement, il s'apprêtait à proposer à l'opposition de cesser ses demandes autour du "tiers de blocage". En d'autres termes le gouvernement serait composé de 10 ministres par faction politique (10 fois 3 = 30 ministres au total). Je considère que ceci est une concession de plus faite par le 14mars qui perd beaucoup de ses pouvoirs politiques de cette façon, d'autant plus que l'éventuel futur président n'adhère pas au mouvement du 14mars. De son côté l'opposition a déposé de multiples conditions sur cette formule et a terminé par la refuser.
C'est tout de même assez interpelant,
un gouvernement qui a gagné les élections accepte d'être représenté autant que la minorité parlementaire...
Personnellement je pense que le seul point commun entre A
oun et le Hezbollah est le désir de paralyser la formation et la construction d'un Etat doté de services et d'institutions performantes.
La pression entre Libanais
est de plus en plus forte et le général Sleiman est le seul homme dont l'impartialité est essentielle pour consummer toute ébauche de conflit civil; sa position est sur le fil du rasoir; bien que contesté des deux côtés il est aussi le seul semblant de lien entre les deux camps qui déclarent presque vouloir se déchirer le pays.
# Posted on Thursday, 10 January 2008 at 3:44 PM
Edited on Sunday, 17 February 2008 at 7:37 AM

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