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# Posté le mercredi 27 février 2008 11:20

Modifié le vendredi 30 mai 2008 16:09

Wissam Eid

Wissam Eid
Enta Wissam

"Encore un atte
ntat" - "Ou, qui ?" - "Ah d'accord, qu'est-ce qu'on mange ce soir ?"

J'ignore la co
lère qui devrait nous habiter après ces interminables assassinats ciblés contre l'élite indépendantiste du pays et emportant avec eux des dizaines d'innocents à chaque fois.
Combien de civ
ils ont été tués ou grièvement blessés depuis le commencement de ces scénarios d'attentats ? Plus d'une centaine, non ?
Que fait-on au Liban qua
nd on a perdu un proche dans un attentat politique ? Que fait-on quand on a perdu une jambe dans ce même contexte alors que l'on n'allait pas au combat ? Le Liban est-il un front ? Et dans quelles tranchées s'engouffrer pour se sentir à l'abri

Demeurer au Liban devient en soi un acte ultime de résistance; et cette lutte pour la vérité et la liberté, peu sont prêts à en assumer les très lourdes responsabilités. En ce qui me concerne, après la prison, le chaos les deuils et le spleen vécus près de Nahr el Bared, je ne pense pas renouveler l'expérience.
Mais je me souvie
ns d'un Charles ayant décroché son doctorat à l'étranger et étant revenu périr dans l'attentat dédié à Antoine Ghanem au Liban. J'entends la fille d'une certaine Leïla qui a vu sa mère décapitée par leurs propres fenêtres après l'explosion qui a coûté la vie à ce même député. J'aperçois un enfant, Alexandre, essuyer ses larmes après le départ de son père. Près des stades de football, survolent aussi des rubans noirs à Manara en hommage aux deux sportifs tués dans l'attentat offert à Waleed Eido. Je revois Elie, le fils de François el Hajj, serrer les poings vers les cieux à Saïda en signe de victoire, les yeux baignés de larmes. Je vois des cortèges humains accompagner les défunts vers leur dernière demeure et je me rappelle avoir pensé que le destin de notre étandard était bien triste; à savoir enrober ceux qu'on nomme "martyr" comme pour se consoler ou même féliciter.

Des familles
éclatées, des paysages effondrées, un avenir obscurci... De jour en jour le Liban s'annonce être l'empire du terrorisme.
Le capitaine Wissam Eid était la deuxième figure imminente des FSI après le général Ashraf Rifi. Ingénieur en informatique il était responsable des services de renseignements de la police libanaise. Il faut noter que Eid était la deuxième cible des FSI : Samir Chéhadeh avait échappé de justesse à assassinat le lendemain de la guerre de juillet 2006.
Au cour
s de sa vie Wissam était resté à l'ombre des caméras, tout comme François el Hajj, mais chargé du volet technique des attentats terroristes il était suffisament à la lumière pour que ses ennemis et ceux du Liban ne cessent de l'expier.
Le
capitaine avait établi un lien entre l'émergence de Fatah al Islam et Assif Shawkat, le gendre de Bashar el Assad, responsable des services secrets syriens. Il avait permis d'assembler des maillons qui manquaient pour reconstituer la chaîne de nombreux attentats terroristes dont celui de Aïn Alak (où il avait travaillé en collaboration avec le martyr François el Hajj) et il effectuait des recherches pour l'ONU dans l'enquête Hariri. D'ailleurs après son assassinat, des responsables onusiens ont invité les figures libanaises impliquée dans l'affaire du tribunal international à quitter le pays.

Les fu
nérailles du jeune Eid ont été aussi émouvantes que celles de François el Hajj. De nombreux Libanais ont accompagné le martyr vers le Akkar à Deir Mar où la colère des Libanais s'est faite entendre. Le mufti du Akkar a prononcé un discours à cette occasion pour que l'âme du défunt repose en paix et pour rappeler ses mérites انت وسام من اوسمة لبنان - كنت عيد و باستشهادك عيد ( je retiens cette citation qui reprend les significations arabes du nom et du prénom de Eid, puis qui se focalise sur le rassemblement de la population tel un mariage ou une naissance et non pas un deuil.)

Les FSI deviennent désorma
is une institution fragile au Liban, contrairement à l'armée qui garde un statut solide malgré la perte d'un élément clef dans cette institution.
Cependant les r
écentes escarmouches de manifestants chiites avec l'armée libanaise lors du dimanche noir constituent une menace pour l'armée; elles permettent à l'opposition de déposer un veto sur la candidature du général Sleiman.
Personnellement je pense qu
e le Hezbollah, après avoir été surpris de la désignation de Sleiman à la présidence par le 14mars alors que celui là est contesté au sein de la majorité, était à la recherche de prétexte pour écarter de nouveau le rendez-vous des élections présidentielles. J'avais justement écrit dans un précédent article que c'était désormais au Hezbollah de jouer les prolongations et de clarifier sa position quant au "futur président" Sleiman. Le vide politique semble hélas être le candidat favori de l'opposition.

Un autre défi attend Michel Sleiman après le Bared, à savoir l'unité de l
'armée et la condamnation de toute parole laissant le doute planer autour de cette dernière institution.
J'ai l'impression que l'opposition s'atèle à e
ssoufler les institutions du Liban : vacance Présidentielle, Gvt illégitime, Parlement verrouillé, armée remise en question ... Après les "lignes rouges", le camp pro syrien passe à la seconde étape contre l'armée; à Ein Remaneh les forces de l'opposition ont testé les capacités de l'armée lors d'affrontements civils très locaux et ont joué un air funeste sur les cordes de sa patience. Ils ont probablement tenté d'engouffrer les soldats et ont espéré les dévêtir de leur impartialité pour enfin déclarer l'armée illégitime. Cela est pour moi est élement de plus qui permet d'établir un parallélisme entre les activités terroristes de Damas et les escalades de l'opposition libanaise : au moment même où le gouvernement baasiste dépense son énergie à éliminer des figures imminentes de l'armée et de la police, le Hezbollah et les factions politiques associées sèment le doute autour de la fidélité des membres de ces institutions.

D'autre part, en ce qui concerne les é
ternelles demandes de l'opposition pour la formation d'un gouvernement d'union nationale, la ligue arabe tente de progresser dans ce sens en proposant des initiatives pour un possible consensus. Récemment Amr Moussa a quitté le Liban déçu; en effet après être parvenu à convaincre la majorité d'abandonner son droit de posséder les 2/3 du gouvernement, il s'apprêtait à proposer à l'opposition de cesser ses demandes autour du "tiers de blocage". En d'autres termes le gouvernement serait composé de 10 ministres par faction politique (10 fois 3 = 30 ministres au total). Je considère que ceci est une concession de plus faite par le 14mars qui perd beaucoup de ses pouvoirs politiques de cette façon, d'autant plus que l'éventuel futur président n'adhère pas au mouvement du 14mars. De son côté l'opposition a déposé de multiples conditions sur cette formule et a terminé par la refuser.
C'est tout de même assez interpelant,
un gouvernement qui a gagné les élections accepte d'être représenté autant que la minorité parlementaire...
Personnellement je pense que le seul point commun entre A
oun et le Hezbollah est le désir de paralyser la formation et la construction d'un Etat doté de services et d'institutions performantes.
La pression entre Libanais
est de plus en plus forte et le général Sleiman est le seul homme dont l'impartialité est essentielle pour consummer toute ébauche de conflit civil; sa position est sur le fil du rasoir; bien que contesté des deux côtés il est aussi le seul semblant de lien entre les deux camps qui déclarent presque vouloir se déchirer le pays.

# Posté le jeudi 10 janvier 2008 15:44

Modifié le dimanche 17 février 2008 07:37

François el Haj

François el Haj
Beyrouth 12 décembre 2005 : Gebran Tuéni
Baabda 12 décembre 2007 : Francois Haj

Parce que se rappeler la douleur d'un seul assassinat la veille de Noël ne suffit pas...

Le semblant d'union qui se concrétisait difficilement autour de l'armée ces derniers jours vient d'être menacé.
Le chef des opérations militaires, le général François el Haj a été tué dans un attentat à Baabda le 12 décembre très tôt le matin. L'attentat a fait 5 autres victimes.

Cette 2ème figure de l'armée se faisait héroïne loin des caméras ; ses proches témoignent que Francois était fidèle à son pays et qu'il oeuvrait pour le renforcement de l'armée, ce qui constitue une condition préalable pour l'indépendance du Liban.
A travers cette institution François a tout donné jusqu'au martyr. Aujourd'hui tout le Liban est en deuil et se souvient de cet homme qui a rendu l'armée et le Liban victorieux au Bared.

On ne peut que s'incliner face à l'armée et saluer chacun de ses membres dont le corps sert de bouclier pour protéger le Liban.


كلنا للوطن en or ou en sang, mais qu'importe quand l'étendard de la nation ne sert plus qu'à accompagner les héros vers leur dernière demeure.

# Posté le jeudi 13 décembre 2007 16:35

Modifié le vendredi 14 décembre 2007 13:57

En mémoire de Pierre Gemayel

En mémoire de Pierre Gemayel
بيار حي فنا

En mémoire de Pierre Amin Gemayel, en remerciement à son parcours et son sacrifice, en salut à son amour pour le Liban et en souvenir de sa détermination, sa motivation et son sourire...

Il sera prob
ablement difficile pour les Libanais d'oublier Pierre Gemayel.
J'espère qu'i
l ne demeurera pas qu'un souenir et que sa volonté de rendre le Liban prospère se traduira dans l'unification de toutes les factions libanaises.
Béchir Ge
mayel disait "les hommes passent, les nations demeurent" , ici les hommes passent mais les Gemayel demeurent.
Cette famil
le, probablement la plus illustre du Liban, a pour l'instant payé son tribut très lourd en terme de sang.
De
Pierre à Pierre c'est un tableau peint de larmes mais un amour insubmersible : Maya, Béchir et Pierre pour ne pas énumérer la longue liste parmi les rangs Kataëb.
Au se
in de ce parti, de nombreuses réformes, innovations et révolutions ont pris leur souffle et ont vu se façonner leur avenir dans les esprits phalangistes.
Les Ka
taëb c'est l'école libanaise : la conscience nationale, la patience, la souffrance et la vérité.
Pie
rre Gemayel a réussi à porter le message de son parti, celui de sa patrie. Il est devenu une figure iminente dans l'indépendance et dans la révolution des jeunes toutes communautés confondues.
De son
vivant, mais certainement encore aujourd'hui, c'était la petite star du 14mars, celui qui nous comprenait et qu'on aimait.


documentaire : les Gemayel
article témoignage de Patricia Gemayel

"Ceux qui ont tué Pierre ne le connaissaient certainement pas, on ne peut pas tuer Pierre"
Joyce Gemayel

# Posté le dimanche 25 novembre 2007 14:08

Modifié le samedi 21 juin 2008 08:40

présidentielles

présidentielles
kalem el nes : live from Phoenicia

Le compte à rebours est déclenché en ce qui concerne les élections présidentielles libanaises. Le second mandat d'Emile Lahoud expirant dans quelques jours, Nabih Berri ouvrira-t-il enfin le Parlement pour que les élections aient lieu comme prévu ou alors cette échéance nécessitera-t-elle encore une fois au Liban l'ingérence de puissances étrangères?
Et
le résultat de ces élections sera-t-il le fruit de la révolution du Cèdre ou alors commandité par les ténors de la région qui n'ont pas perdu le contrôle du Liban, à savoir la Syrie d'un côté et la mouvance pro-occidentale de l'autre ?
Parler d
'élections "purement libanaises" n'est-ce pas excessif quand on voit s'esquisser à l'horizon un réel compromis entre la Syrie et les Etats Unis ?
Comment l
'opposition libanaise, en particulier le Hezbollah, lira cette élection ? Nasrallah affirme qu'un Président adhérant au consensus du 14mars serait fatal pour le pays; ((on pouvait être sûr et certain que de toute façon il ne serait pas du mouvement anti-syrien pour plusieurs raisons que je ne citerai pas)).
U
ne autre question préoccupe en secret de nombreux Libanais: en attendant cette élection qui ne s'annonce pas de si tôt, le Hezbollah tentera-t-il quelque déploiement militaire sous une quelconque couverture (populiste à mon gout) ?
En effet, qu
'on le veuille ou non, la tension entre Libanais ne fait qu'augmenter; les Beyrouthins surtout vivent la peur au ventre.

Tous les le
ndemains du Liban dépendent crucialement de cette élection : le processus du tribunal, le statut de l'armée, la continuité de la mise en place d'un Etat jouissant d'appareils de sécurité et de renseignements "performants", la place des chrétiens - cette question étant existentielle pour le Liban -, la cohésion nationale, les relations libano-onusiennes, la diaspora libanaise toujours grandissante, la définition de nouvelles limites militaires à Israel, le déracinage complet de la tutelle syrienne, la question sempiternelle des Palestiniens au Liban...

L'identité du prési
dent arrivant passionne certainement tous les Libanais; qui sera-t-il et quelle sera sa nuance politique ?
Une
sorte d'alliance semble se former autour du chef de l'état major le général Michel Sleiman, il reçoit l'appui des Etats Unis et de la Syrie. Le Hezbollah affirme avoir accepté sa candidature ce qui est paradoxal quand on sait combien le général Sleiman est soucieux de l'unité de l'armée libanaise et quand on sait qu'il s'est permis de priver le parti d'armes quand il en a eu l'occasion. Cela dit je préfère ne pas être pessimiste même si personne au Liban n'attend la formule magique pour que tout se rétablisse !
Sinon il ne faut pas oublier le rôle du général au Bared, aujourd'hui pour beaucoup de Libanais Sleiman rime avec victoire bien méritée.

Cep
endant pour élire ce président militaire il est nécessaire de modifier la Constitution libanaise ce qui pose quelques complications puisque chacun l'interprête à "sa sauce" en ce moment.
D'autre part
, beaucoup de personnalités du 14mars refusent de modifier le texte et considèrent que ceci ne peut être que néfaste pour la stabilité du pays.
J
e pense qu'ils finiront par élire Sleiman malgré tout. Les Américains et les Français, qui semblent afficher la même connivence que Damas, ont été secs avec les indépendantistes du 14mars en les menaçant de ne pas reconnaitre comme légitime un éventuel président élu à la majorité simple.
Enc
ore une fois ce sera aux Libanais de trancher dans une situation très délicate : le 14mars a tracé son chemin en présentant même une concession, mais il reste à savoir si le Hezbollah encouragera réellement cette élection.

En a
ttendant, au Liban, on vit encore au jour le jour mais avec les yeux toujours rivés de l'autre côté de la Méditerranée.

Les déput
és emprisonnés à l'hôtel Phoenicia le savent, ils affirment pouvoir mourir pour que l'histoire du Liban s'écrive en lettres d'or ; courage, témérité ou alors héroïsme gratuit, menteur ?... Personne ne sait, mais dans deux jours nous commémorerons l'assassinat de Pierre Gemayel.
Qui sait, si l'alliance parlementaire du 14 mars parvient à ses objectifs, peut-être que cette prison en or rejoindra elle même l'histoire du pays des cèdres, pareille à la citadelle de Rachaya où furent détenus les protagonistes de la première indépendance, Béchara Khoury et Riad el Solh.

# Posté le lundi 19 novembre 2007 17:23

Modifié le jeudi 19 juin 2008 15:07