Liban, vois-tu, je sais que tu m'attends.
Sous les premières rosées, à l'aube de son exil loin des terres d'orient idylliques,
le jeune poète sillonne les vallées jonglant de sa canne un air mélodique
Sa peau, sa veste et ses cheveux dansent sous la douceur du Zéphyr unique
Sa lèvre est figée, ses pensées sont ailleurs, peut être déjà outre l'Atlantique
Ses pas creusent le sable des plages où les montagnes ont les pieds dans la mer
Ses paupières frémissent quand souffle l'air, et ses cils attendrissent la lumière.
Il s'arrête au pied d'un mont et contemple la forêt de cèdres millénaires ;
Ici, ses profonds soupirs amènent au lointain firmament de sincères prières
L'odeur des feuilles d'automne voile et scintille un immense ciel rose nacré
Un large faisceau de souvenirs y reflète ses images et dessine le passé :
Sur un nuage planant aux horizons de Tyr songent les parfums de sa bien aimée
Et sur les ailes des oiseaux s'ornent ses ongles senteur de pétales d'orangers
Quand les vents piétinent le flanc des vagues, il entend leurs vieux éclats de rires.
Depuis leur terrasse à Beyrouth, émanent de sa tasse de thé ses chants et sourires.
Le soleil couchant aux rivages de Byblos, il écume alors leurs belles histoires et les plaisirs ;
Il retrouve ses murmures et ses chansons au fond des coquillages et sur les lyres.
A l'heure où l'horizon a avalé le soleil, il erre dans l'amertume. Ses pas, en cadence avec le silence nocturne, recueillent les premières tombées de pluie et le clair de lune lui dérobe pensées et mots. Sa canne mélancolique le guide vers le moulin oublié du nord. Près des vestiges de pains empilés pareils aux colonnes colossales de Baalbek, gît le petit corps d'une créature enfantine. Son corps est enchaîné, son regard est pétrifié mais elle arbore encore une infinie quiétude angélique. Et sa peau, sa veste et ses cheveux pleurent l'exil des rimes puis des vers que la pluie a répandu sous le flot de larmes innocentes.