Bien que cette idée tourmente les méandres de mes pensées depuis quelques semaines, j'en attribue l'initiative à war-on-cedars pour son apologue de Voltaire.
Suite aux camps Riad el Solh ...
Dans les temps anciens, une province calme et pure était gouvernée par un sage et raisonnable souverain. Il était respecté pour sa raison et aimé pour sa tolérance. Il dirigeait la province dans le plus grand bien grâce à sa connaissance des sciences ; les pouvoirs politiques lui étaient livrés dans la plus grande confiance alors que tous les habitants contribuaient à la richesse et à l'épanouissement de leur petit pays.
Dans le c½ur de cette fabuleuse province se trouvait un puit dont l'eau était aussi pure que la quiétude de la contrée et dont le ruissellement aussi calme que la douceur qui semblait avoir drapé le paysage à tout jamais. Ce puit abreuvait tous les habitants de ce paradis terrestre.
Seulement, par une nuit sans clair de lune, un évènement vint mettre fin à toute cette tranquillité bouleversant le bon vivre de la région. En effet, un soir, une sorcière trouva abri dans la province. Elle attendit le coucher de soleil pour s'approcher du puit et y versa sept gouttes d'une potion étrange en prononçant : «Que la folie s'abatte sur quiconque avale l'eau de ce puit.»
Le lendemain matin, les premiers habitants réveillés burent l'eau maléfique du puit. La folie s'empara alors de leur esprit pareil aux dires de la sorcière. Le roi de la province, qui n'avait pas goûté au poison, ne reconnut pas ses compatriotes. Ils lui paraissaient tant agités et instables. Ils avaient tous retenu leurs activités quotidiennes au profit d'une désobéissance civile sans précédant ; et ils criaient «Le roi est fou !» ; «Notre dirigeant a perdu la raison, c'est un menteur !» ; «Il faut écarter le vizir !» ; «Nous refusons que la folie nous impose ses lois !» ; «Faisons choir ces usurpateurs !»...
La province menaçait de sombrer dans les abysses des discordes civiles et le roi ne savait que faire : Tenterait-il, vainement, de ramener son peuple à la raison afin que la province soit noblement préservée ? Ou bien réduirait-il ses pensées à leurs restreintes perceptions des choses, épargnant à son royaume les massacres et la descentes aux Enfers ?
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Bertolt Brecht

